L’artiste peintre
L'annonce mystérieuse de l'artiste commençait par ces mots,
Artiste peintre, en recherche d'un modèle féminin pour une oeuvre inédite. Vous êtes un couple à esprit ouvert, vous acceptez que votre femme se découvre totalement nue devant un artiste inconnu, délicat et respectueux. A travers cette oeuvre je souhaite traduire une tension particulière entre l'artiste, madame nue et monsieur spectateur de ce moment.
Une pointe d'ambiguïté érotique et libertine, nous nous rencontrons dans un café, il dégageait élégance, assurance, charme et séduction. L'homme artiste voulait nous rassurer et en même temps exploitait cette tension de sensualité entre l'artiste et le futur modèle en prenant à témoin le mari. Un jeu avec des dits et des non-dits. Il pourrait dessiner et peindre lui-même nu pour accentuer une forme de confiance, de complicité, et cette tension, et exploiter cette situation avec ma présence. Un jeu de trouble à trois, un jeu où la règle était de vivre ce moment à trois et réussir à le voir, à le traduire dans la ou les oeuvres finales.
A 16h05 chaque dimanche, nous passerions à son atelier comme convenu, un lieu hors du temps, une grande véranda encombrée de panneaux peints de toutes tailles, des dessins et peintures non finis, un parfum d'huile et de peinture, il était vraiment un artiste, un bazar soigneusement décoré de statues et de moules blancs en plâtre, des corps ou des parties de corps habitaient la pièce. Nous sentions une présence positive et plurielle.
A 16h40, le silence dans la pièce, ma femme pose au centre, à quelques mètres lui se concentre.
Pour mettre à l'aise ma femme chacun pouvait être intégralement, lui comme moi, elle comme nous totalement nu, rien n'était obligatoire, plutôt suggéré. Lumière douce, un jeu d'obscurité planait dans cette grande véranda. Il lui demande de prendre des poses différentes et d'être le plus naturelle que possible, ses cheveux détachées, le regard fuyant, sa peau frissonne, sa peau blanche attire toute la lumière sur elle, on ne voit plus que ses seins lourds, les plis de sa peau, les courbes de ses hanches, de sa poitrine, et de son visage doux. L'atmosphère était calme et apaisée. On entendait les bruits du crayon, ma femme apparaissait dans de multiples croquis.
A 17h10, ma femme se lève et se dégourdit les jambes, notre artiste nous chauffe un thé avec des petits biscuits spéculos ou nature pépites chocolats, les choses se passent simplement, les regards se croisent et la nudité est autrement que dans la peau, mais surtout dans les regards, chaque repli de peau, chaque courbe du corps de ma femme est caressée des yeux de cet homme. Il regarde avec une telle attention comme s'il lui faisait l'amour des yeux, on sent par moment quand il se rapproche d'elle, un désir transgressif nait.
A 17h45, bientôt la fin de cette première séance, je peux apercevoir que notre artiste bande en reproduisant ma femme sur sa toile. Je peux voir le regard apaisé et en confiance de ma femme.
A 18h30, on se rhabille, première séance, avec succès, un début prometteur me dit-il, un début mémorable où juste un échange de regards qui veulent dire beaucoup.
Les rendez vous se suivent et se ressemblent avec les mêmes repères précis et rassurants, la nudité de l'artiste rajoutait une touche particulière surtout quand il se mettait à bander, oui il ne pouvait cacher une érection de plus en plus fréquente et de plus en plus forte. Je ressentais un trouble surtout quand il se rapprochait de ma femme pour la guider précisément dans les poses à prendre. Leurs corps s'effleuraient, voir sa queue à demi dure, à demi molle, pouvait s'égarer sur la peau de ma femme nue et vulnérable. Un consentement tactile sans que cela n'aille plus loin.
Un jour, il nous proposa d'inviter des artistes amateurs, on refusa au début, puis plus en confiance, on a accepté, ce n'était pas systématique et quand c'était le cas nous étions habillés sauf le modèle, ma femme mise en lumière et reproduite plus ou moins fidèlement par leurs crayons, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce jeu de voyeurisme, et d'exhibition, la sensualité de ma femme sublimée, admirée, prise en modèle. Comment ne pas imaginer qu'aucun désir ne puisse planer dans ces regards.
Un jour, on ne sait pas pourquoi, notre artiste maître des lieux seul avec nous, dans ce cérémonial en ce lieu mi artistique mi érotique, un jour donc notre artiste de référence nu ne pouvait cacher une érection forte. J'étais surpris de le voir ne pas débander aussi longtemps et sans aucune stimulation manuelle. Il poussa le vice en dirigeant son modèle vers une position où elle exposait sa vulve, cuisses ouvertes, rien de son intimité était caché, ses chairs roses secrètes à l'air libre, elle prenait conscience qu'une étape nouvelle était franchie.
Une tension sexuelle sans acte réel, la limite n'était pas établie mais nous étions dans le respect et la confiance. La nudité n'empêchait pas un self contrôle de l'artiste.
Il osa l'exposer sous ces poses très suggestives à une femme artiste amateur, ou autres hommes, je sentais cette gêne qui se métamorphosait en légèreté harmonieuse.
Je me suis imaginé des dizaines de fois, que ces séances dérivent. Qu'il profite de cette confiance et que tout parte en vrille, qu'il chevauche ma femme, qu'il la pénètre au-delà des yeux, mais bien avec son sexe tendu, plus d'ambiguïté, il serait en train de la baiser avec force, passion et conviction. Que ma femme consente en me regardant et qu'il se fasse l'amour de corps à corps et non plus dans ce contrat érotico artistique. Je l'imaginais aller en elle avec douceur ou avec force, je l'imaginais s'introduire et la posséder de chair en chair, de peau à peau. Une jouissance que ma femme n'aurait pu dissimuler, cette ascendant de l'artiste ajouterait à cette virilité singulière et puissante. Jamais cela n'arriva, même si la sensibilité d'un artiste n'est pas pure de tout désir, il n'est jamais au dela des limites parfois mouvantes et très troublantes pour chacun de nous trois, et de certains invités.